Contribution de Nathalie BOY DE LA TOUR pour l'inclusion professionnelle

Portrait de Nathalie BOY DE LA TOUR

Personnalité incontournable du monde du football français. Fondatrice et déléguée générale du Fondaction du Football de 2008 à novembre 2016, elle devient ensuite la première femme présidente de la Ligue de Football Professionnel.

Imaginons un terrain de jeu accessible. Une activité praticable par tout le monde. Quels que soient l’origine, l’âge, le niveau social ou les capacités. Des défis qui demandent de puiser de la force dans l’union des différences. Des victoires qui rassemblent et des échecs qui soudent. Ce pourrait être une belle définition de l’inclusion, du vivre ensemble.

Comment ne pas penser au football ? 10 millions de Français y jouent. Plus de 20 millions vibraient ensemble lors de la dernière finale de l’Euro. Le premier sport de France est aussi le plus inclusif. Il n’a pas d’exigences intellectuelles, physiques, économiques particulières. Il brasse toutes les générations, toutes les couches sociales et abolit les frontières. Cela tient à son essence : une activité simple, qui demande seulement une balle et des buts – ou un peu d’imagination – et dont les règles sont faciles à intégrer.
Comment changer nos représentations collectives si nous n’éduquons pas les acteurs de demain ?
Ce doit être tout l’enjeu, à mon sens, d’une société portée vers la cohésion sociale : des règles simples, assimilables par tous et dès le plus jeune âge. Car la jeunesse représente un enjeu majeur de l’inclusion. Comment changer nos représentations collectives si nous n’éduquons pas les acteurs de demain ? Et comment les faire accéder à l’emploi si nous ne les formons pas avec les mêmes chances ?

Il y a la question de la sensibilisation, d’abord. Les personnes en situation de handicap ont toutes quelque chose à apporter à la société. Plus tôt on sensibilise les jeunes à la tolérance, à l’ouverture d’esprit, plus ils accorderont de valeur à la richesse humaine. Encore une fois, cet apprentissage de la vie doit reposer sur des lignes directrices simples, ludiques, et qui donnent envie de les suivre. La FFF compte un million de licenciés qui ont moins de dix-huit ans. Les éducateurs sont formés pour accorder quelques minutes par entraînement à des thématiques et des valeurs essentielles, comme la santé ou le respect des autres.

Le football est sans doute le troisième lieu éducatif en France, après l’école et la maison. Il est en soi une formidable école de la vie, et nous poursuivons nos efforts pour rendre nos structures accessibles, former nos éducateurs à la diversité. Mais le sport ne peut se substituer au parcours scolaire. L’inclusion des personnes handicapées en école maternelle ou primaire a progressé, mais elle reste encore insuffisante. Il est indispensable que les enfants en situation de handicap puissent assimiler leurs premiers apprentissages en milieu ordinaire. Et dans le même temps, indispensable que les élèves qui ne souffrent pas de handicap puissent rencontrer, échanger et partager au quotidien avec eux. Plus on intègrera tôt la mixité dans les milieux scolaires, plus les tabous seront brisés dans le milieu professionnel. Bien sûr, le football a un rôle à jouer. Son rayonnement, sa popularité, son universalité lui confèrent une vraie responsabilité. Celle, d’abord, de montrer l’exemple. Le premier point sur lequel nous devons être exemplaire, c’est l’emploi des personnes handicapées. La synthèse « Jouons-la collectif » a dressé un état des lieux de la situation dans le football français. 15 clubs professionnels emploient des personnes handicapées. Les Girondins de Bordeaux arrivent en tête, avec six salariés. C’est encourageant. Ce doit être amplifié.
Plus on intègrera tôt la mixité dans les milieux scolaires, plus les tabous seront brisés dans le milieu professionnel.
Les deux véritables leviers d’avenir pour l’emploi dans le football, comme dans tous les métiers, reposent sur la valorisation des pluriels et l’accompagnement de la jeunesse. Sur ces domaines, il ne faut avoir peur d’être créatifs. Pour encourager la mixité, il est important que les clubs accueillent des équipes de joueurs handicapés, qu’ils organisent des rencontres. 15 % d’entre eux le font déjà. Il faut aussi mettre en valeur le handisport dans le monde du football. 69 % de clubs professionnels mettent en oeuvre des actions qui promeuvent l’accès à la pratique du cécifoot ou du foot-fauteuil. Plus de 110 projets sont menés chaque année. 43 000 personnes en bénéficient.
Le football est une école de la vie et un formidable reflet de notre société. Il permet de partager des valeurs et de passer des messages. La société doit, à son tour, s’inspirer de son essence : la richesse de sa simplicité.
Et le football, comme la société, doit s’engager en faveur de la jeunesse. Ce sont eux, les acteurs sociaux et économiques de demain. En janvier, la Ligue de football professionnel a mis en place un programme dans ce sens : « Révélons nos talents ». Les clubs se sont mobilisés autour de la question de l’éducation et de l’insertion professionnelle, avec une attention particulière pour les personnes handicapées. Le principe du programme est simple : pour chaque but marqué en championnat, 100 euros sont versés à l’association « Simplon » qui forme un public éloigné de l’emploi aux métiers du numérique, accessibles par le plus grand nombre. 80 % des jeunes qui suivent cette formation trouvent un emploi.

Le football est une école de la vie et un formidable reflet de notre société. Il permet de partager des valeurs et de passer des messages. La société doit, à son tour, s’inspirer de son essence : la richesse de sa simplicité.