Contribution de Gilles BABINET pour l'inclusion professionnelle

Portrait de Gilles Babinet

Multi-entrepreneur français. Autodidacte, il a créé et revendu plusieurs sociétés dans des domaines aussi variés que le design, les travaux électriques, la musique sur mobile ou le big data. Premier président du Conseil national du numérique, il a été par la suite nommé « Digital Champion » de la France auprès de la Commission européenne, chargé de défendre les enjeux de la société numérique pour la France.

L’inclusion est une priorité dans l’édification de structures sociales plus justes et diversifiées. L’objectif est de faire en sorte que tout le monde puisse avoir sa chance et prenne part au développement économique, social ou culturel, quelle que soit sa couleur de peau, son sexe, son origine sociale ou son handicap.

En tant que Digital champion, j’ai fait de l’inclusion numérique une priorité. L’objectif est d’étendre l’accès aux nouvelles technologies aux personnes qui en sont exclues ou qui sont marginalisées. Le numérique occupe une place centrale dans notre société. Ne pas avoir accès à ces technologies est bien souvent un facteur de marginalisation. A contrario, le numérique peut être utilisé pour provoquer, faciliter ou améliorer la socialisation des personnes qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent aux marges de la société. Il s’agit donc non seulement de leur donner la possibilité matérielle d’utiliser un ordinateur mais aussi de les former à cette utilisation. Cette formation comprend également tout un travail sur le bon comportement numérique, ce qu’on appelait auparavant la « nétiquette ». C’est aussi cela l’inclusion numérique. Donner à ceux qui en sont dépourvus les techniques nécessaires à l’utilisation des technologies numériques mais aussi les codes sociaux qui régissent cet espace de manière à favoriser leur insertion sociale et économique.
Le numérique peut être utilisé pour provoquer, faciliter ou améliorer la socialisation des personnes qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent aux marges de la société.
Concernant plus spécifiquement l’inclusion numérique des personnes en situation de handicap, on vit une époque passionnante avec le développement de l’intelligence artificielle. Elle va probablement permettre des innovations importantes qui vont faciliter l’utilisation des technologies numériques par les personnes atteintes d’un handicap.

Jusqu’à présent l’expérience que j’ai du handicap dans le monde du travail s’est structurée sous un angle très réglementaire. Comme tout chef d’entreprise, j’ai un certain nombre d’obligations à remplir comme par exemple me conformer à des quotas, ce qui peut être vécu comme une contrainte. Je pense qu’on pourrait être dans une démarche plus positive et incitative. Je suis cependant optimiste pour l’avenir car je suis convaincu que dans le monde qui vient, les différences seront autant de forces et la diversité un élément fondamental. La spécificité des personnes handicapées doit être perçue comme une dimension de cette nécessaire diversité. Nous devons donc nous battre pour faire comprendre au plus grand nombre que cette diversité est une immense richesse. Je constate que les grandes entreprises digitales en sont de plus en plus conscientes. Mais il reste encore bien du chemin à parcourir.
Je suis cependant optimiste pour l’avenir car je suis convaincu que dans le monde qui vient, les différences seront autant de forces et la diversité un élément fondamental.
Je trouve, toutefois extrêmement encourageante l’émergence de startups qui sont dédiées aux handicapés. Je pense de façon assez pragmatique que cela correspond à une vraie demande du marché. Il y a des millions de personnes handicapées en France qui sont en attente de services et produits adaptés à leur situation. Il y a donc là un potentiel économique qui est très loin d’être exploité. Je crois donc que le fait de médiatiser ce segment est un grand service à rendre aux personnes handicapées. Elles ont tout à gagner à ce que des entrepreneurs saisissent des opportunités visant à améliorer leur mode de vie.

D’autre part, je suis frappé de voir qu’un handicap peut être un atout et en fin de compte permettre à la personne qui en est atteinte de développer des capacités inaccessibles à une personne valide. C’est quelque chose qui mériterait d’être plus mis en avant. Quand on a médiatisé les exploits de ces sportifs qui, privés de jambes, courraient plus vite que des athlètes valides, cela a changé le regard porté sur les personnes dans la même situation qu’eux. Si demain la technologie est en mesure de donner à des personnes handicapées des facultés supérieures à celles dont elles jouiraient si elles étaient valides, le regard que la société porte sur le handicap évoluerait.

La caractéristique du monde qui vient c’est que les valeurs vont être largement rebattues pour le meilleur et pour le pire, mais dans ce mouvement réside sans doute une opportunité de changer la perception que l’on a du handicap pour une société plus inclusive. Le défi de demain, c’est de pérenniser l’inclusion des personnes handicapées. Permettre à chacun de développer au maximum ses capacités, et de dépasser son handicap par la technologie. C’est peut-être l’un des rares champs où je me qualifierai comme proche des idées transhumanistes. En effet, en général, j’ai un regard plutôt critique sur les technologies – par exemple en ce qui concerne les phénomènes d’addiction aux réseaux sociaux – mais je ne peux que constater avec intérêt qu’elles comportent aussi une capacité de fédération liée à leur dimension universelle. Ils permettent de dépasser les barrières de la « vraie vie » : couleur de peau, sexe, handicap…

Les nouvelles technologies nous rapprochent : utilisons-les !