Contribution de Dominique LERCH pour l'inclusion professionnelle

Portrait de Dominique LERCH

Docteur en lettres, agrégé d’histoire et inspecteur d’académie honoraire. Parmi ses thèmes d’étude figurent l’histoire religieuse, l’histoire rurale, l’histoire de la mutualité ou encore l’histoire du handicap. De 1999 à 2007, il fut directeur du CNEFEI (ancien nom de l’Institut National Supérieur de Formation et de Recherche pour l’Éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés INS HEA) en charge de la formation des enseignants exerçant dans le domaine de la « difficulté scolaire » et du handicap.

L’inclusion des personnes handicapées ne peut jamais être considérée comme un acquis définitif. C’est un défi permanent qui se mène par l’éveil des consciences et la responsabilisation de chacun. Il s’est sédimenté sur des initiatives individuelles et sporadiques qui, petit à petit, ont entraîné dans leur sillage la société toute entière. Pour améliorer l’inclusion des personnes handicapées sur le marché de l’emploi, il faut comprendre comment, petit à petit, les premières barrières qui leur empêchaient l’accès à l’éducation et à la formation ont sauté. Nous devons garder en mémoire que l’inclusion est la dernière étape d’un processus historique et d’une prise de conscience progressive.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les personnes handicapées faisaient l’objet d’un traitement séparé du reste de la société, en marge, si ce n’est de la société toute entière, du moins de l’économie et du travail. La prise de conscience du fait que l’emploi est un vecteur crucial d’épanouissement et d’intégration dans la cité a poussé les pouvoirs publics à développer une politique d’insertion des personnes handicapées : c’est la naissance du concept d’inclusion.

On en trouvait les prémices au XVIIIème siècle déjà avec des personnalités telles que l’abbé de L’Epée, inventeur et premier théoricien de la langue des signes française (LSF) ou Valentin Haüy, fondateur de la première école pour aveugles devenue depuis l’Institut National des Jeunes Aveugles. S’ils font figure de pionniers en la matière, leurs initiatives restaient toutefois isolées et demeuraient de l’ordre du caritatif, ne faisant pas l’objet d’une véritable politique publique. C’est donc la loi du 28 mars 1882 qui fait office de déclencheur dans l’action gouvernementale en fondant l’obligation scolaire. L’instruction primaire devient « obligatoire pour les enfants des deux sexes âgés de six ans révolus à treize ans révolus ». Elle mentionne explicitement le cas de deux types de handicaps : la surdité et la cécité. Les personnes handicapées sont, pour la toute première fois, incluses dans une politique de formation généralisée. L’éducation est instituée comme droit et comme devoir pour des personnes handicapées, considérées au même titre que toutes les autres.

Il faudra attendre 1945 pour que la logique d’intégration soit systématisée mais c’est en 1975 que s’opère le véritable tournant de l’implication des pouvoirs publics dans l’accessibilité à la formation et à l’emploi des personnes en situation de handicap. A cette date, en effet, est inscrite dans le droit « l’obligation éducative » des personnes handicapées. Cet accès généralisé à la formation est une première brèche dans le mur qui les sépare de l’emploi.

La politique d’inclusion à proprement parler s’est ensuite mise en place progressivement dans les années 2000 sous l’impulsion de l’Europe. On commence alors à privilégier le cadre ordinaire de scolarité pour les enfants handicapés. Cela marque réellement la fin d’une logique de cloisonnement : on découvre qu’il y a une véritable fécondité dans le mélange et la diversité.

Les problématiques découvertes dans le cadre scolaire (comme l’accessibilité des infrastructures) sont ensuite transposées au monde du travail. On découvre ici combien la formation fait office de précurseur et constitue le nerf de la guerre dans les problématiques d’inclusion. On prend conscience du fait que les personnes handicapées ne pourront bénéficier d’une bonne inclusion professionnelle que si leur niveau de formation correspond. Après la formation générale (lire, écrire, compter), il a donc été décidé d’étendre cette politique d’inclusion aux formations spécifiques, qui sont un vecteur solide d’accès à l’emploi. Les lycées professionnels ont d’ailleurs compris très vite qu’il y aurait des élèves présentant des handicaps qui chercheraient à accéder à leurs formations. Un grand nombre de CAP, BEP et bacs professionnels se sont donc organisés dans cet objectif. Un problème s’est posé au moment où l’Education nationale est entrée dans la politique visant à conduire 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Dans le même temps, un nombre important de CAP ont été supprimés, privant ainsi de formation potentielle les 20 % d’une classe d’âge n’atteignant pas la classe de terminale. Parmi eux bien sûr, on trouve des jeunes en situation de handicap, ainsi privés de formation professionnalisante.
Mon premier message est donc le suivant : il n’y a pas d’inclusion professionnelle sans une inclusion réussie au niveau de la formation.
Mon premier message est donc le suivant : il n’y a pas d’inclusion professionnelle sans une inclusion réussie au niveau de la formation. Ce premier point est plus qu’une conviction, c’est une certitude empirique. La question de l’inclusion se traite toujours en amont, dès le plus jeune âge. Une fois sur le marché de l’emploi, il est souvent trop tard. Il existe, par exemple, à l’Institut National des Jeunes Sourds, une formation à la production graphique. Les personnes atteintes de surdité sont en effet en mesure de traiter du texte et des images et ce aussi bien, sinon mieux, que quelqu’un qui a de l’audition. Cela suppose en revanche qu’elles soient capables de lire et de manipuler un ordinateur. La condition de base est donc simple : qu’elles aient reçu une bonne formation élémentaire, sans quoi elles se coupent d’un débouché professionnel de premier ordre.

Cela nous conduit à un deuxième point : la formation des encadrants à tous les niveaux. Qu’il s’agisse des maîtres d’école, des professeurs, mais aussi des cadres d’entreprise. Ce point me semble absolument fondamental pour réussir l’inclusion professionnelle des personnes handicapées. Tout n’est pas intuitif dans la manière d’interagir avec des personnes atteintes de tel ou tel handicap. Même en entreprise, accueillir une personne en situation de handicap ne s’improvise pas. La qualité des moyens techniques (logiciels et informatique) est aussi primordiale. La technologie existe : nombreuses sont les start-ups qui se lancent dans le développement d’outils visant à simplifier le quotidien et l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Il est crucial de valoriser ces projets qui sont souvent le fait de parents, d’éducateurs et de personnes plus ou moins directement concernées par le handicap.

Autre point crucial dans l’ordre de l’accès à l’emploi : l’orientation. Elle nécessite un effort de coordination entre l’Onisep, l’Education nationale, les agences pour l’emploi et les acteurs engagés du marché du travail.

Enfin, il est essentiel d’effectuer une veille active de ce qui se fait à l’étranger afin de s’en inspirer. En Suède, en Norvège, en Islande mais aussi en Italie, en Espagne ou au Portugal, la quasi-totalité des élèves sont scolarisés en école ordinaire. La France n’en est pas là, bien que des efforts considérables ont été entrepris et font évoluer la situation. Une politique européenne visant à uniformiser la réglementation en la matière serait précieuse. De même, la question de l’assistance aux aidants de personnes handicapées dépendantes se fait progressivement jour sous l’impulsion des pays scandinaves. En effet, dans les cas où l’accompagnement peut s’avérer très lourd, il est crucial que les aidants puissent prendre du répit et trouvent le moyen de se ressourcer à certains moments de l’année.
Autre point crucial dans l’ordre de l’accès à l’emploi : l’orientation.
L’Europe crée une dynamique positive en la matière, l’émulation entre les pays sur la thématique de l’inclusion doit être sans cesse encouragée.