Contribution de Christian CHESNOT pour l'inclusion professionnelle

Portrait de Christian CHESNOT

Grand reporter au service étranger de France Inter depuis 2005. Spécialiste du Moyen-Orient et auteur de nombreux ouvrage sur la région, il a été correspondant en Egypte (1990-1992) et en Jordanie (1999-2004).

L’inclusion est une exigence qui vise à ne laisser personne au bord du chemin, à faire en sorte qu’aucun individu ne puisse être discriminé ou exclu en raison de son origine, de sa religion ou de son handicap. C’est considérer que nos sociétés sont des familles où chacun a sa place.

Pour que cet idéal se fasse réalité, la question de la visibilité est cruciale et les médias ont à l’évidence un rôle majeur à jouer sur ce point. On ne peut que constater qu’ils sont encore un peu en retard sur ces questions. La télévision évolue doucement, on commence à y voir de nouveaux visages, mais ça n’est que le début. Il en va de même pour le monde de la radio, où l’on constate également un manque de diversité. Mais là encore les lignes commencent à bouger progressivement. J’ai la conviction que tout le monde devrait avoir sa place, la photo de classe n’est pas encore suffisamment représentative. Si l’on prend un exemple que je connais bien, je pense que la rédaction de France Inter pourrait compter une plus grande diversité de profils. Cette diversité ne doit pas être vue comme un frein plutôt comme une véritable chance à saisir. D’autant plus qu’il existe à Radio France une centaine de métiers différents : des journalistes bien sûr, mais aussi beaucoup de techniciens. Il y a très peu de ces métiers qui ne sont pas accessibles, notamment aux personnes à mobilité réduite. Surtout en radio où il s’agit essentiellement de lire des dépêches, écrire des articles et parler dans un micro… Le bâtiment de la Maison de la Radio est d’ailleurs aux normes en termes d’accessibilité. Tout est prêt. Des exemples prouvent que c’est possible : on peut y croiser des personnes handicapées travaillant comme tous les autres journalistes, tel ce reporter aveugle de France Culture qui se déplace régulièrement à l’étranger. Le véritable enjeu de l’inclusion me semble cependant se situer en amont de l’emploi, au niveau de la formation.
La question de la visibilité est cruciale et les médias ont à l’évidence un rôle majeur à jouer sur ce point.
C’est particulièrement prégnant dans les médias. En effet, aujourd’hui, la majorité des journalistes passent par les écoles. Chaque promotion compte environ 50 élèves qui se fédèrent en réseau et se retrouveront plus tard dans les rédactions. C’est le parcours classique, quasiment incontournable aujourd’hui, et si vous n’êtes pas au départ de ce parcours, vous avez peu de chance d’y être à l’arrivée. Si ces écoles arrivaient à inclure plus de personnes handicapées, l’impact à terme sur la diversité au sein des rédactions en serait démultiplié.
Un recrutement responsable doit avoir comme objectif une plus grande inclusion parce que le système éducatif et social ne donne pas à tous la même chance d’accéder aux mêmes postes.
L’autre question que pose l’inclusion professionnelle des personnes handicapées c’est celle de la discrimination positive, qui me semble être un objectif sociétal en soi. A compétences égales, il faut donner un coup de pouce aux minorités défavorisées pour plus de représentativité. Bien évidemment, il faut se garder de tomber dans les excès auxquels ces politiques peuvent mener. Il est primordial de prendre en compte la valeur, le diplôme, le CV. Mais cela ne peut pas être le seul critère. Un recrutement responsable doit avoir comme objectif une plus grande inclusion parce que le système éducatif et social ne donne pas à tous la même chance d’accéder aux mêmes postes. A compétences égales donc, peutêtre faudrait-il parfois privilégier les profils issus d’une minorité.

Cela demande un travail acharné d’audit régulier, de prise de conscience, de changement des mentalités… C’est un combat de tous les jours, surtout dans des périodes économiques compliquées. Il faut continuer à sensibiliser les recruteurs qui sont souvent encore trop frileux à l’idée d’employer des personnes handicapées dans des métiers comme celui de reporter qui, dans l’imaginaire collectif, semblent réservés aux valides. Pourtant je me souviens de cette journaliste anglo-saxonne en fauteuil qui couvrait le dernier voyage du Président de la République au Qatar : contrairement à ce que beaucoup auraient imaginé a priori, cela s’est passé sans aucune difficulté ! Un exemple parmi tant d’autres de l’effondrement des préjugés et des barrières mentales face à ce que sont capables de faire les personnes handicapées dans la réalité.